Élèves à Besoins Éducatifs Particuliers

Extrait d’un écrit universitaire recherche: 

“PRATIQUE PÉDAGOGIQUE AU REGARD DE L’ACCESSIBILISATION”

Les pratiques pédagogiques mise en oeuvre par les enseignants exerçant en élémentaire, pour rendre accessible l’apprentissage de la lecture des Élèves à Besoins Éducatifs Particuliers. (Peretti J, 2020)

Définition de la notion d'EBEP

Le paradigme d’inclusion est construit à partir des notions : BEP (Besoin Educatifs Particuliers), situation de handicap et désavantage. Les processus de l’exclusion social des personnes handicapées ont fait l’objet de nombreuses études et ce dans divers pays. (Goffman, 1963 ; Sticker, 1982 ; Bouvier, Niel, 2010 ; Ebersold, Plaisance, Zander, 2016 cités dans Kohout-Diaz, M. 2018, p.39)[1].

De la nomination d’enfants « paresseux, anormaux ou encore débiles » s’ensuit la notion d’enfance « inadaptée » pour laquelle se sont bâtis des dispositifs et postures pédagogiques spécifiques. La France a posé les repères de ce paradigme inclusif de manière rigoureuse. (Chauvière 1980 ; Vial, 1990, Ebersold, 2010, 2014)[2].

La désignation internationale des approches par BEP (Warnock, 1978) s’est accentuée au cours des années 2000. La notion de BEP  a remplacé la notion d’échec scolaire et celle de difficulté scolaire dans les textes officiels comme la Convention internationale des droits de l’enfant (26novembre 1989) ; le programme HELIOS [Handicap People in the European Community Leaving Independantly in an Open Society], la déclaration de Salamanque, (juin 1994) ou encore le traité d’Amsterdam, (novembre 1997)[3]. L’OMS[4] a conduit la définition de la notion de handicap en associant les termes d’incapacité, de déficiences et de désavantage au sein de la classification des handicaps et santé mentale (CIH). Cette définition donnée par Wood P. définit le caractère social et situationnel du handicap.

L‘ acceptation de celle-ci sera fréquemment remaniée sur le plan international (ONU, 1994, 2006 ; UNESCO, 1994, 2011,2014)[5] et prendra de l’ampleur au regard d’une évolution sociale propice à la prise en compte des diversités.

En effet, la convention relative aux droits des personnes handicapées (2006) régies par l’ONU donne une conception universelle [universal design] guère associable avec les normes marquées dans les systèmes éducatifs[6].

Au début des années 2000 la France est un des pays où l’effort inclusif est encore insuffisant, la loi du 11 février 2005[7] aspire au droit à la scolarisation des élèves en situation de handicap. En outre, la catégorisation des élèves à besoins éducatifs particuliers cohabitait avec les notions d’adaptation et d’intégration à ce jour désuèt.

La terminologie de la notion de BEP est encore un dilemme au regard de la catégorisation des notions difficulté / handicap. « En France le périmètre hétéroclite des BEP ne semble pas avoir été révisé depuis mai 2005 » Kohout-Diaz, M. (2018. p.43)

Adams (1986) récence plusieurs tendances évoquant des idées nouvelles laissant apparaître des changements dans les fondements de la prise en compte des élèves à besoins éducatifs particuliers

  • Prise de conscience croissante du fait que les états handicapants sont beaucoup plus répandus, variés et complexes […]
  • Adhésion de plus en plus forte à l’idée que l’incidence et notre reconnaissance des handicaps se modifient […]
  • Une acception plus générale du fait que les parents ont des droits […]
  • Une reconnaissance de plus en plus nette de l’utilité […] des actions qui sont menées quand les enfants ayant des besoins éducatifs particuliers sont encore très jeunes […]
  • Une meilleure appréciation de la notion de handicap au regard de la « normalité »
  • Une compréhension et acception plus générale de l’idée que tous les enfants ont droit à une vie aussi pleine, indépendante et « normale » que possible […]. (Ainscow, 1996)[8]

Décrétée en 1975, aux Etats-Unis d’Amérique, la loi sur l’éducation de tous les enfants handicapés[9] a  le plus favorisé la scolarisation des élèves quel que soit leur handicap en milieu ordinaire. Ces nouvelles idées ont influencé différents pays à adopter des dispositions législatives amenant à modifier l’éducation spécialisée. Ainscow (1996)  donne l’exemple Européen avec la loi sur l’éducation[10] de 1981 en Angleterre et aux pays de Galles. Nous pouvons également mettre en avant la loi du 11 février 2005 en France, qui a permis l’augmentation du nombre d’enfants en situation de handicap dans les classes dites « ordinaires ».

La notion de BEP au regard de la loi 2005

Afin de comprendre comment la notion d’EBEP s’inscrit dans la loi du 11 février 2005, nous allons rapidement donner le sens du terme handicap.

Définition de handicap

Le mot handicap est défini par le Larousse comme une « Épreuve, course ou concours, dans lesquels les concurrents reçoivent ou rendent une avance de temps, de distance, de poids ou de points, de manière qu’ils aient tous, malgré leur valeur différente, une chance égale à la victoire »

Cette première définition ne porte pas de connotation d’infériorité ou d’incapacité.  

A contrario le Larousse propose de définir le handicap également comme une « infirmité ou déficience, congénitale ou acquise ». Celle-ci porte principalement sur une idée de désavantage lié à un aspect médical.

Enfin, une autre définition portant plutôt sur un aspect politico-économique est donnée : « Infériorité économique, sociale, etc., d’un groupe, d’un pays par rapport aux autres : Handicap dû à l’instabilité politique du pays.

Après-guerre le terme de handicap est apparu dans le champ médical et permettait de représenter les écarts à la « normalité ». Aujourd’hui, au sens de la loi du 11 février 2005 le handicap est défini comme suit : ” toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ».

Cette définition est à mettre en perspective dans le champ médical et sociologique afin d’observer la différenciation entre les notions de « personne handicapée » et « situation de handicap ». Sur le plan de la scolarité, il convient de préciser dans quelle situation le handicap est relevé. Le handicap est observé dans telle ou telle situation à un moment donné. De fait, la loi du 11 février 2005 élargit « paragraphe IV : Accessibilité au chapitre Ier : Scolarité, enseignement supérieur et enseignement professionnel (articles 19 à 22) » les diverses adaptations à fournir aux élèves en situation de handicap afin d’adapter leur environnement à leurs besoins. (Lefébure, Dougny ; 2017).

Ebep & handicap au regard de la Loi 2005.

La notion de handicap défini nous permet de comprendre l’intégration de la notion de BEP au sein de la Loi du 11 février 2005. Il est question d’adaptation de l’environnement afin de répondre au mieux aux besoins et à la situation de la personne en situation de handicap. Il est important de souligné que le terme de BEP n’est pas mentionné.

Nous pouvons souligner le glissement sémantique qui s’est opéré entre la notion de handicap et BEP ; Pour l’expliquer, nous allons nous pencher sur les définitions des mots constituant l’expression de BEP : « besoins », « éducatifs » et « Particulier »

  • Besoins : La définition donnée par le Larousse est autre que « ce qui est nécessaire pour accomplir quelque chose, faire face à une situation. »
  • Educatifs : « relatif à l’éducation, qui vise à éduquer, qui est propre à éduquer ; pédagogique ». (Larousse.fr)
  • Particuliers : « Qui appartient, est affecté en propre à quelqu’un […] qui concerne spécialement quelqu’un […] spécifique, qui se distingue par quelque chose d’anormal, dont le caractère spécial est considéré péjorativement. » (Ibid.)

Eu égard des définitions données, la notion de Besoins éducatifs particuliers renvoie à la notion de besoins hors normes. Ce qui renvoi à la représentation du handicap dans une situation précise. En outre, la reconnaissance de handicap tel qu’elle est prise en compte par la MDPH[11], marque le paradoxe de l’utilisation de ces termes à la fois de handicap et de BEP.

La prise en charge des EBEP et l’inclusion scolaire

Catégorisation des élèves à BEP

En 2003, la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) définissait les BEP comme des élèves pouvant être scolarisés dans de bonnes conditions seulement s’ils bénéficient d’une attention particulière pour répondre aux besoins qui leur sont propres. Carlos Cruz[12] enrichit cette conception en les désignant comme suit : « les élèves à besoins éducatifs spécifiques ou à besoins éducatifs particuliers regroupent une grande variété d’élèves qui ont, de manière significative : plus de mal à apprendre que la majorité des enfants du même âge ; quand ils sont dans une situation particulière ou qu’ils souffrent d’un handicap qui les empêche ou les gêne dans leurs apprentissages. » (Lefébure, Dougny ; 2017). Nous pouvons compléter cette vision par une catégorisation des besoins particuliers de la sorte :

En prenant en compte les divers besoins éducatifs particuliers, l’attention singulière leurs devant être donnée au niveau scolaire devient la responsabilité des enseignants. La loi du 11 février 2005 suivi de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école[13]  permettent de garantir « l’égalité des droits et des chances » et « une école pour tous ». En 2019, la loi pour une école de la confiance[14] développe le service public de l’école inclusive afin « d’assurer une scolarisation de qualité à tous les élèves de la maternelle au lycée, qui prenne mieux en compte leurs singularités et leurs besoins éducatifs particuliers […] le chapitre IV de la loi est consacré au renforcement de l’école inclusive. Celui-ci promeut une transformation de l’accompagnement des élèves en situation de handicap.

Des pôles inclusifs d’accompagnement localisés – PIAL sont alors créés, convoitant l’amélioration de la coordination des aides humaines, éducatives et thérapeutiques des élèves à besoins éducatifs particuliers et du personnel de l’éducation.[15]

En définitive, nous pourrions nous interroger sur l’utilisation des notions de handicap et BEP au sein des textes officiels et réglementaires. Compte tenu de l’ampleur de cette réflexion, nous garderons cette dernière classification, reprenant une grande variété de besoins éducatifs particuliers dans laquelle nous retrouvons des élèves en situation de handicap et/ou en difficultés scolaires/ sociale etc…

Somme toute, le Ministère de l’éducation Nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche a établi différents plan d’accompagnent en fonctions des différents besoins éducatifs particuliers : 

Notes:

[1] Kohout-Diaz, M. (2018). 5. Les besoins éducatifs particuliers : intentions, terminologies, usages. L’éducation inclusive : Un processus en cours, pp. 39-44.

[2] Ibid.p.39

[3] Ibid.p.40

[4] OMS : Organisation Mondiale de la santé. Philip Wood propose pour l’OMS en 1980 la définition du handicap comme déficience [deficiency], incapacité [incapacity] et désavantage [disability]. (Kohout-Diaz, 2018)

[5] Kohout-Diaz, M. (2018. p.40)

[6] Kohout-Diaz, M. (2018. p.40)

[7] Loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. (JORF n°36 du 12 février 2005 page 2353 texte n° 1)

[8]Ainscow, M. (1996). Les besoins éducatifs spéciaux en classe : guide pour la formation des enseignants. Paris : UNESCO

[9] « Education for All Handicapped Children Act », Public Law 94-142 citée dans Ainscow, M. (1996).

[10] « Education Act » 1981 : vise a créer un nouveau cadre pour les prestations spéciales offertes aux enfants qui en ont besoin.

[11] MDPH : Maison Départementale des Personnes Handicapées.

[12] Carlos Cruz IEN, circonscription de Cagnes sur Mer, saint Laurent du Var, 2010 cité dans Lefébure, Dougny ; 2017.

[13] Loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école n° 2005-380 du 23-4-2005.JO du 24-4-2005

[14] Loi n°2019-791 du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance JORF n°0174 du 28 juillet 2019 texte n°3

[15] (Source : https://www.education.gouv.fr/la-loi-pour-une-ecole-de-la-confiance-5474

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